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Transformation de conflit, de Karine Gatelier, Claske Dijkema et Herrick Mouafo

Aux Éditions Charles Léopold Mayer (ECLM)

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Florence Croidieu, Paris, 2002

La Banque mondiale en République démocratique du Congo (2002), soutien à un projet de réhabilitation multisectoriel.

Ce projet initie une phase de reconstruction après les efforts de stabilisation mis en œuvre depuis 2001.

Mots clefs : Micro-projets économiques pour contribuer à la paix | L'infrastructure au service de la paix | Initiatives agricoles pour la paix | ONU | Bailleur de fonds | Banque Mondiale | Société Civile Locale | Présenter des réformes pour un nouveau projet de société | Réformer les rapports sociaux | République Démocratique du Congo

Le conflit dont émerge la République démocratique du Congo (RDC) est le plus vaste et complexe des conflits post-coloniaux africains. En 1998, les mouvements de rébellion présents depuis quelques années se transformèrent en une guerre impliquant les armées de sept Etats (Angola, Zimbabwe, Rwanda, Ouganda et, dans une moindre mesure, Tchad, Namibie et Burundi) et de nombreuses milices. En août 1999, un traité de paix fût signé à Lusaka, Namibie, par les principaux partis, mais ce n’est qu’en juin 2001 que les Nations Unies déployèrent les premières troupes et des observateurs.

Cette guerre a eu des conséquences colossales sur l’économie du pays (indicateurs macro-économiques, agriculture), ses infrastructures (transports, électricité, eau) et services (éducation, santé, administration).

Le gouvernement de la RDC, les agences multilatérales, les donateurs bilatéraux se mobilisent, depuis le début 2001, pour la reconstruction du pays. Le projet de réhabilitation multisectorielle et de reconstruction de la Banque mondiale, signé en mai 2002, initie une phase de reconstruction après les efforts de stabilisation mis en œuvre depuis 2001.

I. Description du projet

Le but général du projet de réhabilitation multisectorielle et de reconstruction de la Banque mondiale est d’initier un processus de reconstruction et de réhabilitation économique sur le long terme. Les objectifs spécifiques du projet sont d’aider la RDC à :

  • Relancer la production agricole et à assurer la sécurité alimentaire des populations ;

  • Reconstruire et réhabiliter les infrastructures indispensables à la reconstruction du pays ;

  • Restaurer l’essentiel des services sociaux et construire des infrastructures communautaires ;

  • Renforcer la capacité du gouvernement à formuler, mettre en œuvre et diriger les programmes de développement à moyen et long termes.

A. L’agriculture

Il s’agit de :

  • Financer la réhabilitation des routes de campagne et des voies d’accès ;

  • Etablir un système d’information agricole pour les fermiers ;

  • Renforcer les opérations des organisations de producteurs, des ONG et des fournisseurs de services publics ;

  • Soutenir le développement d’un cadre politique destiné à favoriser les investissements sur l’agriculture.

B. La réhabilitation et reconstruction des infrastructures indispensables

Cela concerne cinq domaines :

  • Les transports (réhabilitation des ports, aéroports et ponts) ;

  • Les routes (reconstruction des voies de circulation principales) ;

  • L’électricité (les réseaux des principales villes) ;

  • L’eau (la réhabilitation des accès à l’eau en ville) ;

  • Les infrastructures et services urbains (réhabiliter les rues, les égouts…).

C. Développement des services sociaux

Il s’agit de financer des services de santé, d’éducation et de protection sociale, ainsi que des projets de développement communautaire. La priorité est donnée à l’amélioration des services de santé du fait du grand nombre de personnes malades. Il s’agit de :

  • Réhabiliter et d’équiper les centres médicaux dans une centaine de zones ;

  • Former un personnel de santé ;

  • Centraliser la commande et la distribution des médicaments afin de contrôler leur bonne répartition ;

  • Renforcer les programmes de prévention et de traitement des maladies les plus sérieuses telles que le SIDA, la malaria, et la tuberculose ;

  • Fournir des services adaptés à certains groupes tels que les femmes, les enfants, les orphelins et les victimes de guerre.

En ce qui concerne l’éducation, le projet financera :

  • La réhabilitation des écoles primaires ;

  • L’achat d’équipements scolaires et de livres de classe ;

  • La formation de professeurs.

Des programmes pilotes d’assistance aux personnes les plus vulnérables seront testés pour améliorer la protection sociale.

Enfin les projets de développement communautaire répondront aux besoins les plus pressants des communautés tels qu’ils auront été identifiés par des ONG.

D. Le développement à moyen et long termes de stratégies sectorielles, des capacités de construction et des réformes institutionnelles

Il s’agit de financer le développement des stratégies concernant les différents secteurs précités, ainsi que de financer les études pour les programmes futurs d’investissement.

E. Gestion, direction et évaluation de la mise en œuvre du projet

Cela implique le financement de l’assistance technique, d’experts, de services de consultants et d’équipements logistiques nécessaires au suivi du projet.

II. Mise en œuvre

La période de mise en œuvre du projet doit durer trois ans et a débuté le 1er juillet 2002. Le budget global du est de 1, 724 milliards de US dollars et inclut la participation du gouvernement de la RDC et de multiples donateurs.

Un comité interministériel, dirigé par le Ministre de la planification et de la reconstruction est responsable de la surveillance du projet.

La gestion du projet étant délicate du fait du nombre important d’activités et du peu de temps prévu, l’exécution des activités a été divisée en deux phases :

  • La réhabilitation et la reconstruction des infrastructures ;

  • Le développement de l’agriculture, des services sociaux et de la communauté.

La coordination des entités responsables de la mise en œuvre du projet et des donateurs est essentielle. Les donateurs ont convenu d’harmoniser leurs procédures le plus possible et des consultations doivent être organisées sur une base régulière.

Commentaire

Ce projet, du fait de l’ampleur de ses activités et de son budget, est en préparation depuis janvier 2001. Les indications fournies ici sont issues de l’avant-projet préparé en 2001. Il est donc possible que certaines composantes présentées dans cette fiche aient été exclues du projet final.

Ce programme témoigne de l’ampleur des actions de la Banque mondiale dans certaines situations post-conflit. Il est aussi l’illustration du rôle de coordinateur que la Banque mondiale tente de jouer dans la plupart des pays en sortie de crise. En effet, la coordination de l’aide internationale est essentielle pour la bonne réalisation d’un projet d’une telle ampleur. La Banque mondiale va, à cet effet, jouer un rôle important de mobilisation des ressources extérieures et de coordination des différentes contributions. Bien plus, l’idée de coordination est incarnée dans le caractère multisectoriel de ce projet, qui a pour objectif de formuler un programme cohérent de réhabilitation et reconstruction.

En ce qui concerne le projet en tant que tel, il semble que la Banque mondiale ait essayé de définir des activités capables de répondre à une grande partie des besoins provoqués par le conflit. Ainsi, si les différentes composantes du projet peuvent être mises en place, la Banque mondiale aura probablement grandement participé à la réhabilitation de la République Démocratique du Congo. Il est aussi intéressant de souligner que ce projet doit être mis en place en collaboration avec les ONG, celles-ci étant chargées de l’identification des besoins prioritaires des communautés. Cette dimension participative du projet est très importante et répond à une tendance que la Banque mondiale cherche à généraliser. Enfin, il faut saluer le fait que ce soit un comité gouvernemental, dirigé par un Ministre congolais, qui soit responsable du suivi du projet et non pas une équipe de la Banque mondiale. En effet, il s’agit là d’une volonté de responsabilisation des Etats face à l’aide publique qu’ils reçoivent, ce qui tranche avec d’anciennes pratiques souvent qualifiée d’assistanat.

Notes

  • Rapport intitulé « Public Democratic Republic of the Congo : emergency multisector rehabilitation and reconstruction project », Information Document 10904. Une version intégrale de l’avant-projet est disponible sur Internet: www-wds.worldbank.org/