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En librairie

Transformation de conflit, de Karine Gatelier, Claske Dijkema et Herrick Mouafo

Aux Éditions Charles Léopold Mayer (ECLM)

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Paris, décembre 2004

Diplomatie préventive

C’est l’ONU qui a établi l’association de ces deux concepts. Au sujet des objectifs : prévention, au sujet des méthodes : diplomatie. La diplomatie préventive peut être définie comme la mise en place de l’art de la négociation politique ayant pour objectif la gestion pacifique des conflits.

Ce concept a commencé à être utilisé dans les années 1950 au sein de l’ONU. Il s’agissait d’éviter à des conflits locaux d’être imprégnés d’éléments de la guerre froide, d’importer ses enjeux ou de devenir des « champs de bataille » des deux grands ennemis : les USA et l’URSS. Des « Opérations pour le Maintien de la Paix » ont été déployées ici et là ayant comme socle la doctrine de la diplomatie préventive de l’époque.

Dans les années 1980, alors que le Péruvien Pérez de Cuellar était secrétaire général de l’ONU, la diplomatie préventive a été enrichie d’une nouvelle approche : il fallait maintenant prévenir l’éclatement de conflits potentiels par l’instauration d’une surveillance par le Conseil de Sécurité des « zones à haut risque ».

Après la fin de la guerre froide, la diplomatie préventive est devenue plus importante pour l’ONU. Il s’agissait alors d’« apaiser les tensions avant qu’elles ne provoquent un conflit, ou, si un conflit a déjà éclaté, il s’agissait d’agir rapidement afin de le circonscrire et d’en éliminer les causes sous-jacentes » (ONU : S/2411-A/47/227, 17 juin 1992).

Depuis, ce concept a connu des développements pratiques importants : les actions visant à prévenir des conflits (information, alerte, gestion, etc.) se sont multipliées au sein d’organisations publiques internationales et régionales, d’États, d’ONG, etc.

Au début du XXIe siècle, la diplomatie préventive peut être définie comme l’utilisation, avec le consentement des acteurs impliqués, d’un ensemble de procédés diplomatiques ainsi qu’opérationnels ayant comme objectif la gestion pacifique des conflits par trois étapes imbriquées entre elles :

  • Détecter les signes d’un conflit qui se prépare à éclater de façon violente ;

  • Négocier la gestion pacifique des différends et des oppositions ;

  • Stabiliser les rapports sociaux pour que la paix soit consolidée.

En ce début de XXIe siècle, le discours ne concerne plus l’utilité de la diplomatie préventive, il prône sa négation. Bien que face à des conflits potentiels le terme de prévention soit encore évoqué, il ne s’agit plus d’une prévention politique développée par la voie diplomatique : il s’agit d’une prévention par la force. Les armes veulent prendre la place de la diplomatie. Pour empêcher l’ennemi de déclencher une guerre, il faut lui faire la guerre. La diplomatie préventive a tendance à être remplacée par la guerre préventive.