Fiche d’expérience

Les communautés de paix en Colombie, quête d’alternatives pacifiques à la guerre interne

Le développement et l’intensification du narcotrafic et de la violence ont mobilisé plus de 5000 personnes qui ont « choisi la non-violence pour construire la paix » dans le cadre de Communautés de Paix.

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La Colombie est indépendante depuis 1819, son histoire est caractérisée par des périodes d’instabilité politique (guerres civiles, mouvements de guérillas, développement du narcotrafic). Dès 1995, les conflits armés s’intensifient par l’augmentation du nombre mais aussi par le développement considérable de groupes paramilitaires. L’impunité total dont ils font l’affaire en matière de violations des droits de l’homme et du droit international les renforcent d’autant.

Un « PLAN COLOMBIE » est mis en place par les Etats-Unis en 1999 voulant lutter contre les guérillas et le narcotrafic. Pourtant on peut observer l’intensification de la guerre, du commerce de la drogue, du développement d’enlèvements contre rançons et de la répression importante, déjà existante auparavant mais développée à son paroxysme, des populations en termes de déplacements, disparitions, menaces, assassinats, massacres…

Les populations font face à ces déchaînements de violence et réclament une stratégie de paix.

Les communautés de paix : Des milliers de paysans fuient les violences du Nord-Ouest (départements du Chocò et d’Aniquia) vers le Sud du pays, en 1997. Un processus de retour est mis en place avec l’aide d’Associations de Solidarité Internationales (CINEP - Centre d’Investigation et d’Education Populaire et l’Eglise Catholique au travers du diocèse d’APARTADO et de la Paroisse de RIOSUCIO).

Quarante neuf villages déclarés "Communauté de Paix de San Francisco d’Asis" ont été crée le 19 octobre 1997, après négociations avec les différents groupes paramilitaires (comme les FARC, ELN, paramilitaires…) garantissant une sécurité optimale.

Aujourd’hui 3 grands ensembles de Communautés de Paix existent celui de SAN FRANCISCO D’ASIS, de NATIVIDAD DE MARIA et de NUESTRA DEL CARMEN et réunissent 5 000 habitants refusant les violences, les conflits armes et l’économie basée sur les trafics de drogues.

Organisées et pensées comme alternative de paix à la violence et caractérisées par le retour collectif sur leurs terres, la non-implication dans les luttes armées. Les membres sont aujourd’hui plus de 5000 et rassemblent près de 60 villages. Ces communautés forment les jeunes à la non-violence en les écartant du narcotrafic et de l’influence des groupes armées, elles ont permis à de nombreuses familles de chercher « un havre de Paix » , leur permettant de cultiver la terre, en récoltant une production les faisant vivre, éduquer leurs enfants dans de bonnes conditions.

« Leurs buts sont de :

  • rechercher une solution pacifique et politique aux conflits qui règnent dans la région d’Uraba,

  • ne pas apporter d’aide tactique ni stratégique à aucun des groupes armés (aucune armes n’est toléré au sein de communautés, aucune information sur ou pour les groupes paramilitaires ne transites par ces sites, aucune aide logistique n’est apportée à ces même groupes quelles soient alimentaire, armes, munitions…),

  • les communautés de paix sont autonomes et ne dépendent en rien des groupes armés: ils possèdent leurs propres règlements et instances de contrôle des membres. »

Extrait de la Déclaration des membres des Communautés de Paix de San Francisco d’Asis, du 19 octobre 1997.

Commentaire

Les Communautés de la Paix représentent un intérêt considérable pour les populations : sécurité, assistance, éducation, soutien spirituel (encadrement par l’église) et physique (travail en collectivité) cependant elles sont dépendantes du « bon vouloirs » des FARC ainsi que d’autres groupements paramilitaires qui règnent sur ces régions.

Récemment des assassinats ont été perpétrés sur des membres actifs et reconnus des communautés de Paix.

Les menaces, et plus particulièrement, de morts planent constamment sur les membres dirigeants et médiatiques ainsi que sur leurs familles. La limite est donc la médiatisation de ces communautés.

C’est une des nombreuses raisons qui expliquent le manque d’informations concernant ces Communautés de Paix refusant les conflits qui sévissent en Colombie.

Malgré cela, elles sont soutenues par des ONG françaises (Comité de Soutien des Communautés de Paix : ACAT, FPH, CCFD, SECOURS CATHOLIQUE, LE MAN, L’ECOLE DE LA PAIX, FRANCE LIBERTES, PAX CHRISTI FRANCE) et bénéficient d’une certaine écoute de la part des groupes paramilitaires grâce aux soutiens européens.

Mais les soutiens Européens et Internationaux ne suffisent plus à garantir une sécurité très relative qu’accordait les paramilitaires. Les communautés sont face à des situations de violences extrêmes qui remettent en questions jusqu’à la possibilité de leur existence.

Notes

Source : Documentation du Comité de Soutien des Communautés de Paix plus particulièrement fichiers de Pax Christi France.